sam.
26
févr.
2011
Pourquoi l'île de Samouan ?
Le tatouage est un rite
Sébastien Galliot montre donc que la place du tatouage dans la société samouane est très différente de celle qu'elle occupe dans notre société. Pour un occidental, le tatouage est une manière rapide, facile, de se démarquer, de revendiquer une forme de marginalité. Pour un Samoan, le tatouage est un moyen long, douloureux, et normal d'entrer dans la communauté adulte.
La structure formelle du tatouage est très répétitive. Il existe des tatouages masculins et des tatouages féminins. Il est tabou de ne pas respecter cette distinction, tout comme il est tabou de tatouer les parties génitales et le visage.
Depuis quelques années s'observent des influences réciproques entre tatoueurs samoans et tatoueurs du reste du monde, notamment par l'intermédiaire de la diaspora samoane (Australie, USA, Angleterre...) qui revendique une utilisation du tatouage samoan pour se distinguer d'autres diasporas polynésiennes. Le tourisme, notamment l'arrivée de nombreux collectioneurs de tatouage en pélerinage et de tatoueurs professionnels sur l'île de Samoa, risque de bousculer des équilibres.
Un problème actuel, pour l'UNESCO, est d'arriver à conserver le patrimoine samoan dans le domaine du tatouage sans le muséifier.
En Occident, le tatouage est une pratique qui s'inscrit dans un horizon d'attente particulier, celui d'un imaginaire de l'exotisme, du sulfureux, du voyage. Si le tatouage a pu avoir dans l'histoire des rôles très différents - l'artisan tatoué comme preuve de son appartenance à une corporation, le pélerin tatoué comme preuve de son voyage... - notre perception du tatouage demeure marquée par les "mystères de l'ailleurs" et la "poétique du sauvage". C'est le souvenir des cabinets de curiosité du XVIIe siècle (certains membres des cours européennes de l'Ancien Régime sont allés au Japon se faire tatouer !), celui aussi des bagnards tatoués, des prostituées tatouées... Tout cela forme un syncréitsme.
Au-delà de cette aura, le tatouage rencontre des motivations très différentes. Tout le travail d'Elise Muller a été de rencontrer des tatoués, et de comprendre le sens qu'avait pour eux leur tatouage. Un tel voudra retrouver des racines supposées ou hypothétiques, et n'hésitera pas à procéder à un "bricolage culturel" où les lignes de Nazca figureront des racines latino-américaines. Un autre, masochiste au sens strict, aura exprimé le besoin de ressentir une douleur dans le corps pour se sentir exister malgré une certaine anihilation de l'esprit. Un autre verra dans le tatouage "une expérience loin de chez soi", une forme d'éloignement nécessaire. Et puis il y a les jeux de séduction, de sensualité... Parfois, le tatouage rencontre la formulation d'une "mythologie personnelle", suffisamment intime pour n'être pas révélée. Et puis surtout, il y a la motivation esthétique.
La diversité des récits personnels rend compte de la diversité des expériences et donc du sens du tatouage.
"On a de plus en plus de monde : le tatouage se diffuse dans des milieux différents. On a maintenant des médecins, des assureurs, des cadres qui se font tatouer. Cela s'explique sans doute par le rôle des médias, qui ont modifié l'image du tatouage, qui n'est plus réservé au biker marginal. Même si le mouvement est plus lent en France qu'en Angleterre..."
"On n'accepte pas de tatouer tout le monde. Un mineur qui n'a pas fini sa croissance, on ne le prendra pas, même si les parents sont d'accord. Quelqu'un qui veut se faire tatouer un signe nazi, on refuse aussi."
Fred, de Needl'Art à Cambrai, nous a dressé un véritable panorama de l'activité de tatoueur aujourd'hui. Et d'adresser un avertissement aux jeunes attirés par le métier : sachez d'abord dessiner...