Anthologie de l'OuLiPo

Anthologie poétique établie par Paul Fournel et Marcel Bénabou (2009)

Cambrai Médiathèque Oulipo Poésie

"On verra que ces manipulations élémentaires ne sont pas sans rappeler les opérations qu'un mathématicien fait subir à un triangle, fût-il tout à fait quelconque, en vue d'en explorer les propriétés, ou un bambin malicieux à un réveille-matin pour en mieux comprendre le fonctionnement." L'Ouvroir de littérature potentielle fut crée en 1960 par le mathématicien François Le Lyonnais et l'écrivain Raymond Queneau. Ce mouvement, qui compte ou a compté parmi ses grandes figures Georges Pérec, Italo Calvino, Jacques Jouet, Jacques Bens, Paul Fournel..., est sans doute le plus connu des foyers poétiques français, et actuellement un des plus importants représentants de la culture française dans les universités américaines. Lire la suite (et quelques extraits)...

Il accueille régulièrement de nouveaux membres, et continue de travailler la mathématique, l'humour et l'exploration empirique de la langue.

 

Cette anthologie réjouira ceux qui suivent l'Oulipo (ou leurs consanguins de l'émission "Les Papous dans la tête" sur France Culture), mais est aussi à recommander aux novices en poésie qui se demandent bien par où commencer....

 

David-Jonathan B.

 

 

Extrait de Dictée, Jacques Jouet

 

"Vous qui savez que toujours vous, comme d'ailleurs toujours et comme d'ailleurs d'ailleurs finit sur la lettre commençant savez, savez-vous que savez finit sur celle par où zèbre commence ? Si vous ne le savez, savez-vous que commence, tout comme commençant et comme comme même, redouble bien la lettre où commence ce même ?" (p. 590)

 

 

Extrait de Romans  par Pierre Rosenstiehl

 

"C'est l'histoire d'une petit garçon né de père inconnu dont la mère et le beau-père ont été jetés en prison pour l'avoir arraché aux griffes d'un couple de tortionnaires qui en avaient la garde. /

L'enfant qui a assisté à toute la bataille et qui a vu le pique-feu planté dans le coeur du méchant monsieur est né sous le signe de la violence. Il est buté, fermé, brutal. C'est un sale gosse.

Le jour de leur arrestation sa mère et son nouveau beau-père l'abandonnent chez le concierge de l'immeuble, une immonde grosse salope avec un canari à moitié pelé. /

Lorsqu'il demande quand reviendra sa maman, seul le perroquet lui répond un stupide "Pas tant qu'ça !" D'un direct du droit réflexe, il envoie le perroquet ad patres. Un bref instant de silence. Le canari se remet à chanter. L'enfant tombe à genoux devant le cadavre vert, se prend la tête entre les mains et décide tout à trac de devenir bon." (p. 397)

 

 

L'escargoéland, Jacques Roubaud et Olivier Salon

 

Avec ses deux ailes

Qui trainent à terre

Comme des haltères

Au bout de bretelles,

L'escargoéland

Jamais ne se presse ;

Il sait que sans cesse

L'escargoéland.

 

 

Capricieux, sur quinze lignes célèbres de Musset, de Paul Braffort

 

Nous sommes seuls, je suis jeune, vous êtes belle,

Si, contre un peu d'ennui, notre esprit se rebelle,

Malgré mille chagrins contre nous élevés;

 

Madame, accordez-nous la douceur d'un caprice.

 

Laissons-nous emporter, fascinés, captivés,

Par une heure d'oubil, parfum de mirabelle,

Pétales effeuillées, jasmins en ribambelle,

Jardins de ces plaisirs que nous avons rêvés.

 

Madame, accordez-vous la douceur d'un caprice.

 

Le plaisir ? Ce n'est pas l'amour-sacrifice,

Aveugle et sans amour, que je vous offre ici.

C'est l'amour sans regret, sans peine, sans entrave,

Qui fait briller les yeux d'une lumière grave,

Et dont on garde au coeur le sourice adouci.

 

 

 

 

 

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