Expo Dicos : dictionnaires du Moyen Âge et de l'Ancien Régime

Du 26 octobre au 27 novembre, à la Maison Falleur

Larousse, Robert (petit et grand), Littré, Vidal pour les médecins, tout le monde connait des dictionnaires (tout le monde ne connait malheureusement pas le Trésor Informatisé de la Langue Française, peut-être un des meilleurs sites web de la francophonie).

 

Savez-vous que les Romains utilisaient des dictionnaires, même si aucun ne nous est parvenu ? Qu'au XVIe siècle, certains dictionnaires de langue donnaient, pour une notice, la traduction simultanée en plus de dix langues (aucun site web, même Lexilogos ou Wordreference,  ne le fait) ? Que les encyclopédies ne sont pas apparues au XVIIIe siècle avec Diderot et D'Alembert, ou Panckouke, mais qu'elles ont constitué un genre majeur de la production livresque du Moyen Âge ?

 

"Expo Dicos" vous invite à un parcours dans le fonds ancien et précieux de la médiathèque classée de Cambrai, avec pour fil conducteur le classement... par ordre alphabétique.

 

Quelques-uns des documents présentés dans l'exposition

Cambrai, BMC, ms. 590
Cambrai, BMC, ms. 590

Si vous êtes au lycée, ou étudiant, peut-être vos enseignants vous demandent-ils d'apprendre des listes de vocabulaire ? Si vous avez quitté les bancs des écoles, peut-être certains "par coeurs" douloureux de "rat, bat and hat" et autres verbes irréguliers assombrissent-ils d'un voile maculé le souvenir par ailleurs ému d'une charmante prof d'anglais ? Rassurez-vous, il y a sept cent ans, on en était déjà exactement au même point. La langue de l'étude - et cela dès l'enfance et surtout l'adolescence - était alors le latin, et il fallait bien aux jeunes clercs apprendre cette langue "étrangère", afin d'acquérir le bilinguisme nécessaire à leur statut.

 

L'image de droite montre une liste de verbes, avec à chaque fois la première personne, la seconde personne, la première du parfait et le supin - tout à fait ce que les latinistes continuent d'apprendre par coeur de nos jours. Un détail intéressant : comme souvent dans les manuscrits d'étude ou de travail, une seconde main, postérieure, a ajouté de l'information, soit des verbes qui n'étaient pas dans la liste, soit des gloses (des explications, ex : "habeum remedio", "j'ai un remède", ajouté à coté de "remedio as are...", "je remédie"). Or cette seconde main ne maîtrise pas l'ordre alphabétique absolu - qui commence tout juste à s'imposer en Occident à l'époque de ce manuscrit. Le second scribe ne prend en effet en considération que les deux premières lettres du mot.

Cambrai Patrimoine Manuscrit
Cambrai, BMC, Ms. 492, XIVe siècle

Le Catholicon de Jean de Balbi, alias Jean de Gênes, dont la médiathèque conserve un manuscrit du XIVe siècle, est un des monuments de l'histoire des dictionnaires. On considère en effet que c'est à partir du Catholicon (ce mot grec, qui  a donné catholique, signifie "universel" : en l'occurence, il désigne un ouvrage qui couvre l'ensemble de la langue latine) que s'impose en Occident l'ordre alphabétique absolu : on ne regarde plus la première lettre, ou les deux premières lettres, mais l'ensemble des lettres qui composent le mot sont traitées par le classement alphabétique.

 

Sur l'image ci-contre, on trouve par exemple la notice : "astrolabium : quoddam instrumentum activitatis astronomiae, et ductuas ab "astrum" " : "astrolabe : un instrument de la pratique de l'astronomie, qui vient du mot "astre" ".

 

 

Calepin Dicionnaire Cambrésis
Ambrosii Calepini Dictionnarium Undecim Linguarum, impr. Bâle, 1590

Dictionnaire en onze langues

Notice du mot "liber" (livre)

 

Dans ce dictionnaire en onze langues daté de 1590, la notice consacré au mot "livre" commence par une définition :

  • "Liber, libri : proprie corticis genus est tennius, quod in phylliras plures dividi potest : cujusmodi erant quae papyris in Aegypto detrahebantur, chartaeque usum praebebant."
  • 'Livre : à proprement parler, c'est un genre d'écorce fine, qui peut être divisée en plusieurs fibres, du genre de celles dont on tirait les papyrus en Egype, qui servaient à l'écriture."

 

Suit la traduction en plusieurs langues, dont le français : « escorce d'arbre » et l'anglais « the barke of a tree ». L'auteur de la notice cite Cicéron, Virgile, Pline l'Ancien, etc, qui utilisent « liber » dans le sens d'écorce.

 

Et dans un second temps : « les manuscrits qu'on composait à partir de ces écorces, sont appelés livres » Et la traduction : « livre », « a booke », le polonais « ksiegi »... Suivent d'autres acceptions, restées dans le français contemporain : chapitre, registre...

 

Un dictionnaire de l'Orient en 1783

 

Oeuvre d'une vie, celle du grand orientaliste du XVIIe siècle D'Herbelot, la Bibliothèque orientale est un dictionnaire thématique consacré aux cultures arabe, perse et turque. Ce dictionnaire est considé comme un ouvrage fondateur de l'orientalisme. Publié pour la première fois, après la mort de son auteur, par Antoine Galland (le premier traducteur occidental des Mille et Une Nuits) en 1697, ce livre connait surtout un succès important dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Plusieurs éditions sont alors données, dont celle de 1783, dont voici un exemplaire. 

Cet ouvrage de référence a notamment servi à Gustave Flaubert pour l'écriture de La Tentation de Saint-Antoine.

Le Jardinir d'Artois, dictionnaire d'horticulture

 

"Le Premier homme ayant été crée dans jardin, reçut ordre de cultiver la terre après son péché, pour en tirer sa nourriture et sa subsistance à la sueur de son front ; d'où il s'ensuit que la condition de nos premiers Peres, fut de s'adonner à la culture des Légumes et des Fruits, puisqu'ils n'avaient point d'autres aliments. Ainsi, l'art de cultiver les Jardins est sans contredit le premier et le plus ancien de tous les Arts, et dès qu'il y eut des Hommes sur la terre, il y eut des Jardiniers, et pour les légumes, et pour les fruits. (...) Au reste, je n'écris pas pour les Jardiniers expérimentés : ils en savent plus que moi : j'écris pour ceux qui n'ont point encore de connaissance dans cet art, mais qui désirent en acquérir ; pour les curieux, qui veulent s'en faire un noble a;musement ; parce que cette inclination a été de tous les temps et des tous les états"

Extrait de la préface (orthographe modernisée).

 

Visitez l'exposition, et retrouvez encore le Moreri, l'Encyclopédie de Diderot, des dictionnaires de proverbes datant du XVIIe siècle, un dictionnaire d'hippiatrique, et de nombreaux autres livres exceptionnellement extraits du Fonds ancien et précieux de la médiathèque.

Entrée libre. Exposition ouverte du mardi au samedi, de 9h à 12h et de 14h à 18h, sauf le jeudi matin. Possibilité de visite guidée en groupe, sur demande et inscription au 03 27 82 93 85. Si la porte est fermée, sonnez, nous vous ouvrirons !

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