Un certain jeune homme de Bruno Cremer & L'amour est une île de Claudie Gallay

Double coup de coeur, spécial "théâtre"

Un double coup de coeur à l'intention des passionnés de théâtre+- et autres comédiens en herbe, entre les souvenirs du débutant que nous livre un Bruno Cremer inattendu en jeune homme insouciant, et l'atmosphère fiévreuse et confuse d'un festival d'Avignon que hantent les fantômes du passé.

  Du témoignage du premier, on oublie vite cette enfance rêveuse qui l'isole déjà de sa famille, les premiers émois amoureux du jeune homme jusqu'à son « mariage de déraison », pour découvrir avec avidité le parcours de l'apprenti comédien. Entre les premiers cours d'art dramatique et les grands rôles qu'il interprète au théâtre, en passant par les années de conservatoire, il fait preuve du même « fatalisme bienheureux » qui caractérise sa vie d'artiste, et confirme sa vocation d'acteur.

 

Dans le second roman, l'auteur nous entraîne derrière les remparts d'une ville close, plongée dans les affres d'une grève qui divise les comédiens. Le temps d'un été, sous un ciel de plomb, on y retrouve une foule de personnages qui tous gravitent autour de la pièce d'un auteur trop tôt disparu, entre le désenchantement de son metteur en scène, l'orgueil de l'actrice que le rôle a rendu célèbre, la quête d'espérance et de vérité de la jeune Marie auprès de cette grande famille du théâtre, et le souvenir de tous les acteurs qui ont fait la réputation de ce lieu magique.

 

"Les lumières s'éteignent. Il y encore quelques froissements de robes, des redressements de nuques, on chuchote. Quelqu'un tousse. Odon frappe le sol, onze coups très rapides. Un coup pour chacun des apôtres. Moins Judas. Il laisse un temps de silence et il fait tomber les trois autres coups, plus lentement, le premier est pour la reine, le second pour le roi et le troisième pour Dieu. Le rideau s'ouvre."

Une plongée commune dans cette ambiance particulière, celle qui règne dans les coulisses d'un théâtre, quand les lumières s'éteignent et qu'on frappe les trois coups. C'est la même angoisse qui habite les acteurs, tandis qu'ils s'imprègnent de leur personnage, fut-il un empereur romain comme l'Auguste de Cinna qu'interprète un certain Bruno Cremer pour le concours d'entrée au Conservatoire, ou l'héroïne de « Nuit rouge » que la belle Julie fait mourir sur scène, au théâtre du Chien Fou.

 

Bernad W.

 

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