Retour sur expérience : le tatouage, tradition, sens et actualité

Sébastien Galliot, "Le tatouage samoan aujourd'hui".

Pourquoi l'île de Samouan ?

  • Parce que les tatouages issus de cette culture ont acquis une renommée internationale. Ils ont étonné les Occidentaux depuis la découverte de l'île par les Hollandais en 1722. Puis les grands explorateurs du XVIIIe siècle, Bougainvilliers, La Pérouse, Cook..., en ont parlé dans leurs relations de voyage.
  • Parce que Samouan est la seule île du Pacifique où le tatouage n'a pas fait l'objet d'interdit ou de censure malgré la christianisation (protestantisme) par les Européens dans les années 1830. Rappel : le christianisme a traditionnellement une défiance vis-à-vis du tatouage. Par ailleurs, le tatouage avait partie liée avec le polygamisme. Mais l'éradication du polygamisme n'a pas entrainé la disparition du tatouage : la pratique du tatouage a continué, son sens et sa motivation ont évolué.
  • L'actuel tatouage samouan est donc l'héritier d'une pratique jadis commune à toute la Polynésie, comme en attestent des gravures du XIXe siècle.

 

Le tatouage est un rite

  • qui peut durer plusieurs semaines
  • qui est douloureux
  • qui est effectué à la demande de la famille (qui fait appel au tatoueur et traite avec lui), et en compagnie de proches parents (un oncle, par exemple)
  • qui se termine par un rituel d'onction (aujourd'hui, un oeuf cassé sur le crâne) qui signifie le passage d'un état à un autre

 

Sébastien Galliot montre donc que la place du tatouage dans la société samouane est très différente de celle qu'elle occupe dans notre société. Pour un occidental, le tatouage est une manière rapide, facile, de se démarquer, de revendiquer une forme de marginalité. Pour un Samoan, le tatouage est un moyen long, douloureux, et normal d'entrer dans la communauté adulte.

 

La structure formelle du tatouage est très répétitive. Il existe des tatouages masculins et des tatouages féminins. Il est tabou de ne pas respecter cette distinction, tout comme il est tabou de tatouer les parties génitales et le visage.

 

Depuis quelques années s'observent des influences réciproques entre tatoueurs samoans et tatoueurs du reste du monde, notamment par l'intermédiaire de la diaspora samoane (Australie, USA, Angleterre...) qui revendique une utilisation du tatouage samoan pour se distinguer d'autres diasporas polynésiennes. Le tourisme, notamment l'arrivée de nombreux collectioneurs de tatouage en pélerinage et de tatoueurs professionnels sur l'île de Samoa, risque de bousculer des équilibres.

Un problème actuel, pour l'UNESCO, est d'arriver à conserver le patrimoine samoan dans le domaine du tatouage sans le muséifier.

En Occident, le tatouage est une pratique qui s'inscrit dans un horizon d'attente particulier, celui d'un imaginaire de l'exotisme, du sulfureux, du voyage. Si le tatouage a pu avoir dans l'histoire des rôles très différents - l'artisan tatoué comme preuve de son appartenance à une corporation, le pélerin tatoué comme preuve de son voyage... - notre perception du tatouage demeure marquée par les "mystères de l'ailleurs" et la "poétique du sauvage". C'est le souvenir des cabinets de curiosité du XVIIe siècle (certains membres des cours européennes de l'Ancien Régime sont allés au Japon se faire tatouer !), celui aussi des bagnards tatoués, des prostituées tatouées... Tout cela forme un syncréitsme.

 

Au-delà de cette aura, le tatouage rencontre des motivations très différentes. Tout le travail d'Elise Muller a été de rencontrer des tatoués, et de comprendre le sens qu'avait pour eux leur tatouage. Un tel voudra retrouver des racines supposées ou hypothétiques, et n'hésitera pas à procéder à un "bricolage culturel" où les lignes de Nazca figureront des racines latino-américaines. Un autre, masochiste au sens strict, aura exprimé le besoin de ressentir une douleur dans le corps pour se sentir exister malgré une certaine anihilation de l'esprit. Un autre verra dans le tatouage "une expérience loin de chez soi", une forme d'éloignement nécessaire. Et puis il y a les jeux de séduction, de sensualité... Parfois, le tatouage rencontre la formulation d'une "mythologie personnelle", suffisamment intime pour n'être pas révélée.  Et puis surtout, il y a la motivation esthétique.

 

La diversité des récits personnels rend compte de la diversité des expériences et donc du sens du tatouage.

"On a de plus en plus de monde : le tatouage se diffuse dans des milieux différents. On a maintenant des médecins, des assureurs, des cadres qui se font tatouer. Cela s'explique sans doute par le rôle des médias, qui ont modifié l'image du tatouage, qui n'est plus réservé au biker marginal. Même si le mouvement est plus lent en France qu'en Angleterre..."

"On n'accepte pas de tatouer tout le monde. Un mineur qui n'a pas fini sa croissance, on ne le prendra pas, même si les parents sont d'accord. Quelqu'un qui veut se faire tatouer un signe nazi, on refuse aussi."

Fred, de Needl'Art à Cambrai, nous a dressé un véritable panorama de l'activité de tatoueur aujourd'hui. Et d'adresser un avertissement aux jeunes attirés par le métier : sachez d'abord dessiner...

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0