Retour sur expérience : Grey's anatomy - Le béton, histoire d'un matériau.

Souffrant d'une mauvaise image aux yeux du grand public, mais très apprécié des architectes, le béton armé est omniprésent depuis un siècle. Et comme 3/4 de ce qui est construit l'a été au XXe siècle, le béton occupe d'ores et déjà une place incontournable dans notre patrimoine de demain. D'abord nécessité économique, le béton est chéri des ingénieurs pour ses qualités de construction (résistance, formes...), mais mérite d'être regardé aussi pour ses qualités esthétiques, qui sont de deux ordres : le gris, et le grain.

Même s'il existait un béton romain (à la chaux), le béton n'est véritablement devenu un matériau de référence que depuis un long siècle. Il a alors remplacé le bois et la pierre.

Techniquement, le béton armé est au point au moins depuis 1893, date à laquelle l'ingénieur François Hennebique - un peu le Bouygues des années 1900 - brevette un étrier, une invention qui permet de généraliser l'utilisation du béton armée.

Mais ce nouveau matériau a d'abord suscité la méfiance des architectes. Liquide, boueux, sale, il n'apparait pas comme un matériau noble aux yeux des architectes formés dans la tradition classique du trait, de la ligne.

Le tour de force de Hennebique est alors d'associer les constructeurs à la promotion du matériau. Au lieu de leur vendre du béton prêt à l'emploi, il les fait concessionnaires de la technologie. Surtout, il demande aux constructeurs de photographier systématiquement toutes les constructions. Ces clichés vont constituer, avec une campagne de manifestations festives autour du béton, la ressource principale d'un vaste effort de propagande. Hennebique crée un "imaginaire du béton", dans lequel baigne les étudiants qui formeront les bataillons de l'architecture moderne. Ces photographies, très construites, très travaillées, ont contribué à l'essor du fonctionnalisme en architecture.

 

 

En 1920-1921, Charles-Edouard Jeanneret, ancien élève de Perret, cofondateur avec Ozefant de la revue L'esprit nouveau, publie "Trois rappels à MM. les Architectes". Ces textes, illustrés par les photographies issues de l'industrie, font le tour du monde et consacrent la reconnaissance des vertus plastiques du béton. Jeanneret signe sous le pseudonyme de Le Corbusier. Les première réalisations vont suivre. A ce stade, cependant, le béton armé n'est apprécié que pour les proueses techniques qu'il permet, notamment la possibilité d'agencer des plans pas nécessairement symétriques, présentant des jeux verticaux et horizontaux originaux, etc. On ne s'intéresse pas encore à la texture du béton.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, deux lobbys s'affrontent dans les ministères parisiens : les cimentiers (producteurs de béton) et les métallurgistes. Quel secteur faut-il alors privilégier ? Le fait que la fabrication du béton nécessite plus d'énergie a joué en sa faveur : pousser la construction en béton est aussi (et entre autres) un moyen de soutenir le redémarrage des mines. C'est l'époque de l'architecture statistique, de l'architecture des chemins de grue, de l'"appartement referendum"... bref, des barres d'immeuble aujourd'hui démontées.

Le travail plasitique du béton connait alors une dernière évolution : on s'intéresse désormais au grain, à la texture, à la couleur du béton. L'Unité d'habition de Marseille de Le Corbusier, ou l'église de Nevers de Claude Parent (1966) illustrent cette nouvelle période.

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