Les femmes du braconnier

roman de Claude Pujade-Renaud

Ce pourrait être une fiction d’amour et de mort, c’est en réalité l’histoire de Ted Hugues et de Sylvia Plath, que nous conte l’auteur Claude Pujade-Renaud, celle de deux grands poètes contemporains, l’un anglais, l’autre américaine, qui se sont aimés et mutuellement inspirés. Ted, en s’éprenant d’Assia Wewil, quittera Sylvia qui mettra fin à ses jours à l’âge de 31 ans, laissant deux très jeunes enfants et une œuvre en devenir, puissante expression d’une voix féminine, vibrante, exaltée aux accents âpres et sombres.

Ted Hugues est natif du Yorkshire, le pays des sœurs Brontë, région aux rudesses envoutantes. Sa poésie exalte la nature, la faune et les charmes de la vie campagnarde. Ce brillant mais atypique étudiant de Cambridge, est le braconnier de l’histoire, un ogre à la séduction dangereuse, aux appétits démesurés pour la vie, les animaux sauvages et les femmes. Lire la suite

Sylvia est une américaine, née dans une famille d’universitaires de la Côte Est, brillante étudiante, extrêmement douée pour l’écriture mais désespérément dépressive. Comme son ainée, l’écrivaine Virginia Woolf, elle souffre de bipolarité et sort d’une grave tentative de suicide. Ces troubles psychiques perturberont son travail d’écrivaine. Ses périodes d’exaltations lui inspireront de singulières visions aux accents autobiographiques, suivies de phases d’abattement et de désespoir qui coloreront sa poésie de morbides tonalités.

Ils se rencontrent à Cambridge en 1956, leur attirance est immédiate et fusionnelle, ils se marient, ont deux enfants et créent dans une émulation réciproque. La poésie de Ted trouvera vite un écho favorable, il deviendra « Poet Laureat », poète officiel de la Reine, consécration suprême pour un écrivain britannique. Quant à Sylvia, happée par sa vie familiale, s’attachant à aider la carrière de son mari mais écrasée par le succès de celui-ci, elle peinera à trouver sa place d’auteur. Sa réussite sera moins fulgurante, elle va publier des poèmes, des nouvelles et un premier roman bien accueilli par la critique, mais elle ne trouvera la postérité qu’à titre posthume. Quelques mois après leur installation à la campagne, Ted rencontre Assia Wewil. Leur couple éclate, ils se séparent. La jeune femme, vivement ébranlée et fragilisée par sa nature dépressive part vivre à Londres avec leurs deux enfants… La solitude et un hiver extrêmement rigoureux compliquant son quotidien, viendront à bout de sa résistance et de son désir de vivre, elle se suicide le 11 février 1963. L’histoire d’amour d’Assia et de Ted connaîtra aussi un destin tragique, à l’instar de Sylvia, Assia se donnera la mort quelques années après.

 

En choisissant de mettre en scène de façon chorale cette histoire, Claude Pujade-Renaud s’écarte de la simple biographie exhaustive. Sa narration consiste à faire s’exprimer tour à tour différents personnages : Sylvia, sa mère, des amis, des proches du couples, et Assia bien-sûr. Cette polyphonie soulage la lourdeur que pourrait avoir l’évocation d’un récit trop attaché à la véracité de l’histoire. Ces multiples voix s’interpellent, se répondent, ouvrent différents champs de visions, recomposant le récit et lui donnant les qualités expressives et passionnantes d’un roman poignant.

Comment après la lecture « Des femmes du braconnier » pourrions-nous ne pas avoir envie de nous plonger dans la lecture de Sylvia Plath dont l’œuvre complète vient d’être publiée chez Quarto, et puis dans celle de Ted Hugues, tout particulièrement avec son dernier recueil de poèmes « Birthday letters » (traduit en français) qui est un vibrant hommage d’amour et de reconnaissance à Sylvia et à son talent de poétesse trop tôt disparue.

 

Lionelle Je Tu Lis On En Parle

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