Supplément à la vie de Barbara Loden

roman de Nathalie Léger (2012) Prix du livre Inter 2012

C'est à la fois un récit, une enquête, un essai biographique et en même temps rien de tout cela. Nathalie Léger prend pour prétexte la commande d'un article sur Barbara Loden, une actrice et réalisatrice américaine des années 70, pour nous entraîner avec finesse et par petites touches vers une méditation sur la féminité, celle des anti-héroïnes, défaites, solitaires, à la recherche d'un bonheur perdu.

Pour nous parler de Barbara Loden et de « Wanda » son unique film, Nathalie Léger tisse un entrelacs de rencontres, d'allers et retours aux Etats-Unis, de consultations d'archives, de témoignages, d'évocations du film et de références littéraires, qu’elle mêle à ses propres souvenirs familiaux. De ce savant tissage, fait de petits bouts d’histoires, émerge peu à peu la figure de Barbara Loden, blonde silhouette enjouée, puis celle de Wanda, son double, plus énigmatique et désenchantée…En épousant Elia Kazan, Barbara abandonna sa carrière d’actrice pourtant prometteuse pour se consacrer en 1970 à la réalisation de son unique film : « Wanda » ; elle mourut à quarante-huit ans d'un cancer généralisé.

Barbara Loden s’est inspirée d’un fait-divers troublant pour créer le personnage de Wanda, l'histoire d'une jeune femme à la dérive, qui perd pied avec la réalité jusqu’à abandonner son mari et ses enfants et finir par participer à hold-up tragique.

 

Quelle blessure passée, quel abandon lointain ont uni Barbara à Wanda ? Sa facilité à se couler dans le comportement erratique et défait de son personnage féminin exprime sans aucun doute son désespoir personnel. « I'm the best for it » affirmait-elle, tant le personnage de Wanda trouvait en elle une correspondance. « Elle ne fait de films que pour ça. Apaiser. Réparer les douleurs…traiter la peur » « J'ai traversé la vie comme une autiste, persuadée que je ne valais rien, incapable de savoir qui j'étais… » disait-elle encore dans Positif.

Nathalie Léger nous brosse avec justesse et délicatesse le portrait de Barbara Loden et à travers elle, cette difficulté à vivre que l’on rencontre chez quelques figures féminines emblématiques de la littérature ou du cinéma. Bien qu’ayant reçu le prix de la Critique au festival de Venise en 1971, ce film et sa réalisatrice demeurent largement méconnus.

Nathalie Léger a reçu le prix du Livre Inter pour ce très bel ouvrage lucide et intense qui redonne à cette actrice et cinéaste oubliée un « supplément de vie » largement justifié, nous invitant à voir ou à revoir « Wanda », un film sensible et intimiste.

 

Lionelle F.     Je Tu Lis On En Parle

Écrire commentaire

Commentaires : 0