mer.

27

mai

2015

L'ours est un écrivain comme les autres

Roman de William Kotzwinkle

"L’ours aimait se rouler les pattes en l’air dans les prairies. Il mangeait les ordures quand il y en avait et fouillait allègrement les poubelles pour y trouver des emballages de pizzas souillés de fromage fondu, et autres mets délicats. Son estomac guidait son existence et une fois par an, aux premiers signes de l’été, il s’offrait un accouplement d’une qualité exceptionnelle. Il abordait les manières de la forêt avec sagesse et celles des hommes avec roublardise ; lorsqu’il avait forcé la fenêtre du restaurant, on lisait dans ses yeux perçants une extrême concentration, qui n’était pas sans rappeler le regard d’Arthur Bramhall devant sa machine à écrire.


Alors que Bramhall s’éloignait en voiture pour acheter du champagne, l’ours traversa le champ et se glissa sous les branches du conifère. Il s’approcha prudemment de la mallette et la renifla. Pas de trace de tarte. Mais cela valait le coup d’insister. Saisissant la poignée entre ses crocs, il s’enfonça dans le sous-bois. Quand il se sentit en sécurité, il posa l’objet par terre et lui asséna plusieurs grands coups de patte. Les loquets sautèrent et la mallette s’ouvrit. Il renifla le manuscrit, déçu. De la nourriture pour les termites, songea-t-il, et il faisait déjà volte-face quand une ligne de la première page retint son attention au point qu’il se mit à lire un peu. Alors que sa pratique de la lecture se bornait aux étiquettes des bocaux de confitures et aux boîtes de vermicelles multicolores, quelque chose dans le manuscrit l’incita à poursuivre. « Tiens tiens, se dit-il, pas mal du tout. » Il y avait de nombreuses scènes d’accouplement et plusieurs scènes de pêche, dont il trouva les détails à la fois justes et évocateurs. « Ce livre a tout », conclut-il. Le replaçant dans la mallette, il coinça la poignée dans sa mâchoire et s’en fut vers la ville."


Un livre certifié par Terry Pratchett !

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